15 décembre 2015

3 projets à découvrir autour de la crise des réfugiés

Célia Ramain Par Célia Ramain dans Actualités

C’est finalement grâce à une photo que l’Europe a pris conscience tardivement de la tragédie des migrants. Plusieurs projets avaient déjà dénoncé cette réalité, NouveauxMédias.fr  fait le récap’.

1- A Syrian Journey

A sujet sensible, réception sensible ; ça a été le cas pour ladite photo, mais ça avait déjà été le cas avec le docgame anglais, ‘A Syrian Journey’ mis en ligne par la BBC début avril 2015. Avec ce projet, l’internaute est confronté aux choix qu’un réfugié Syrien devrait faire. Doit il d’abord partir en Egypte, ou en Turquie? Devra t’il voyager par mer, ou à terre? Le projet, dans son ensemble très classique, est surtout basé sur du texte, même si  chaque étape du périple est illustrée.Captureasyrianjourney

 

Mais ce projet a été vivement attaqué par d’autres médias britanniques, et pas des moindres: The Sun et The Daily Mail se sont insurgés contre le fait que la souffrance de millions de personnes ait été changée en un jeu pour enfants. Précisément c’est  à Chris Walker, expert du Moyen-Orient,  que l’on doit cette phrase publiée donc dans The Sun: « In the midst of probably the bloodiest Syrian crisis this century, the decision of the BBC to transform the human suffering of literally millions into a children’s game beggars belief. »

Et à travers cette phrase, c’est le procès des newsgame, docgames qui est fait. ‘Jeu pour enfants’, la critique semble presque même redondante… Cette opinion, heureusement  minoritaire dans le milieu du journalisme semblerait presque anecdotique si ce n’était la notoriété de ces deux détracteurs. Si des médias assez influents comme The Sun, The Daily Mail s’insurgent contre les sujets qui peuvent être abordés (ou non) dans un serious-game, ceux-ci risquent d’être encore cantonnés non pas au grand public, mais  aux professionnels.

 

2- ‘Passengers’ 

Une toute autre esthétique a été adoptée avec le serious game français ‘Passengers’. Reprenant les codes du retrogaming, on incarne non pas un migrant mais un passeur. Là est probablement l’originalité du projet, car la situation des passeurs, des petits du moins, est également déplorable ; et ce jeu le souligne assez bien.. On choisit tout d’abord sa destination parmi les 4 proposées (Espagne, Italie, Malte, Grèce). Selon la destination choisie, la surveillance (et donc la difficulté de prendre cette route maritime), varie. Ensuite le choix de l’embarcation : pour ma part, j’ai opté pour l’embarcation la plus sûre. Mais aussi la plus chère. Le voyage n’a pas commencé que ma dette me semble déjà effrayante… Puis le choix de la somme (gratuit, tarif normal, beaucoup d’argent etc.) et des passagers (de leur histoire certes mais surtout de leur fortune personnelle, sic).  Vient finalement le voyage. On ne le contrôle pas et aucune action n’est requise; on assiste donc impuissant à l’annonce de la mort de l’un de nos passagers (si on a de la chance) ou de plusieurs (majoritairement) ou même à l’annonce du naufrage de votre bateau.  Pour ma première partie, j’avais opté pour la compassion et l’humanité: comprendre; un bateau sur, un choix des passagers restreint mais sans m’attacher à leur fortunes respectives, une traversée gratuite; au final sur 4 passagers un est mort, et à la fin n’ayant pas voulu me faire de l’argent sur leur dos, je suis assassiné pour ne pas avoir réglé ma dette. Dont acte. Pour survivre, il vous faut donc devenir un monstre. Capturepassengers

3-  Super Mario Réfugié

Pour continuer dans cette optique de retro gaming, citons également cette vidéo grinçante, faite par un Syrien réfugié en Turquie, qui reprend l’univers de SuperMario. A une différence près: le plombier italien est devenu réfugié syrien et doit surmonter quantité d’obstacles et d’ennemis : le passeur qui récupère tout l’argent que le réfugié avait en sa possession grâce à un bonus ; la traversée sur un frele esquif (en sachant qu’il a déjà perdu une vie avant même d’avoir réussi à embarquer), les gardes frontières hongrois qui le mettent en prison (perte d’une vie supplémentaire); les frontières hongroises faites de barbelés; la traditionnelle plante carnivore remplacée par un contrôle d’enregistrement avec prise d’empreintes, pour finalement accéder aux tuyaux qui l’amènent aux deux destinations proposées: l’Allemagne et la Suède;  précisément dans un camp de réfugiés, tandis qu’un panneau affiche ironiquement ‘Welcome Refugees’. Le décalage entre la musique originale de Mario (très guillerette) son univers (très coloré) ; les 22.5 millions de vies qu’il nous reste à jouer quand on en perd une (soit le nombre de la population syrienne); font de cette vidéo une vidéo grinçante.

Capturemario

Son créateur, Samir al-Mutfi, un Syrien de 29 ans explique son choix par la volonté de passer par une référence universelle: « Il fallait que ce soit une idée simple et claire, et qui fonctionnerait peu importe la langue que l’on parle. J’ai utilisé Super Mario, parce que ce jeu est célèbre partout dans le monde. C’est comme la musique, c’est un langage universel.» Mis en ligne le 8 septembre, elle a été vue plus de 250 000 fois. Pari tenu donc. L’idée étant d’ « utiliser la comédie pour adoucir la peine de ses concitoyens. »