12 mars 2015

Quand les réseaux sociaux se la racontent (Partie 2: Facebook et Twitter)

Célia Ramain Par Célia Ramain dans Actualités

Suite de notre récapitulatif sur l’utilisation des réseaux sociaux comme outil de narration. 

logofb

Léon 14. Nous avons déjà évoqué cet exemple mais pour rappel, Léon 14 était le récit quotidien de Léon Vivien , poilu fictif qui, quotidiennement à travers ses statuts, ses photos, nous livrait sa guerre, son expérience du front à près de 65 000 ‘fans’ et échangeait avec ses compagnons d’infortune ainsi qu’avec sa femme.

Dans le cas présent, le choix de Facebook comme outil de storytelling était intéressant de par plusieurs raisons: sur Facebook, les publications les plus ‘likées’ sont les photographies. Or, face à un sujet historique, disposant d’importantes ressources iconographiques cet aspect est intéressant car il permet une belle visibilité, même si nous allons le voir ce point est à double tranchant. De plus, les publications datées de 1915 étaient clairement un atout scénaristique d’immersion.

Seulement Facebook apporte également quelques désavantages: le poilu devient quasi rockstar, ses publications (parmi lesquelles quand même des photos de macchabées) étaient commentées, likées en moyenne par pas moins de 600 personnes. Puis n’est ce pas là un léger problème scénaristique que de faire croire qu’un soldat puisse délivrer autant d’informations? Hormis ceci, le projet était rigoureux historiquement, faisait appel à des ressources iconographiques inédites, et savait faire usage de temps à autre d’un ton léger et humoristique (de cette façon l’empathie avec le personnage était assuré, ce ton excluant un coté trop encyclopédique qui aurait pu être finalement assez rébarbatif.)

léon

Elaborer ce genre de narration sur Facebook demande du temps (car avant de faire interagir entre eux les personnages il faut créer plusieurs comptes, et les alimenter tous de façon crédible).

Dans un registre moins pédagogique, pour le plaisir je vous mets la fausse page Facebook de Sauron, oui himself, réalisée par l’Odieux Connard, là juste là.

twitter-logo

Twitter avec ses 140 caractères a bouleversé les règles d’écriture de tout un chacun. Cette règle admise maintenant de tous, semble tout droit sorti du mouvement littéraire ‘OuliPo’. Et comme les contraintes que ces auteurs affectionnaient afin de mieux envisager l’écriture, certains aventuriers Twittos ont fait de Twitter un espace de jeu.Un néologisme a d’ailleurs été créé: la Twittérature.

The Wanderer (j’opte pour ce nom mais l’expérience n’a pas de titre officiel):

Thewanderer

Projet créé par Terence Eden, développeur chez LeLabUK, construit sur le même modèle que l’aventure Instagram ‘Thirteen’, c’est à dire une ‘histoire dont vous êtes le héros’. Le twittos commence donc son aventure sur le compte @wnd-go (qui a l’esthétisme d’un jeu de taro) et à partir de ses décisions, se balade sur les 23 comptes qui ont été créés afin de le faire mourir à travers un étrange et ésotérique compte twitter tapi dans l’obscurité. Au final, si vous n’êtes pas déjà mort, vous arrivez sur un lien de téléchargement d’un livre, ‘The Wanderer’ de Timothy J.Jarvis.

Il est intéressant de noter que le système de ‘livre dont vous êtes le héros’ s’offre avec les médias sociaux (Instagram, Twitter) une nouvelle jeunesse, peut-être parce que ces livres offraient déjà à l’époque une certaine forme d’interactivité, qui se retrouve accentuée du coup sur ces réseaux sociaux. Néanmoins, ce niveau d’interactivité reste assez basique puisque le chemin du lecteur/internaute est tracé d’avance. Cette forme d’interactivité limitée est susceptible de se retrouver dans la structure narrative de certains webdocs, comme le souligne la théoricienne Sandra Gaudenzi, quand elle parle d’interactivité semi fermée où l’internaute n’est ni en mesure de participer, ni en mesure de changer le contenu du webdoc.

D’une façon générale, utiliser des réseaux sociaux pour construire une arche scénaristique peut présenter quelques avantages:

– Relative simplicité et faible coût

-Possibilité d’interagir avec la communauté du projet

-Possibilité d’impliquer la communauté dans le processus de création du projet

Par contre, il est important de se poser les bonnes questions. Que veut on raconter? Est ce que l’on veut inclure la communauté? En quoi les spécificités du réseau, du médium vont contribuer au concept, à la narration du projet?