24 octobre 2016

Silvain Gire – Responsable éditorial du pôle radio d’Arte France

Par Camille Ledun dans Actualités, Interviews

Silvain Gire est responsable éditorial pour le pôle radio d’Arte France. Il est également en charge de la gestion du web sur son pôle. C’est lui qui a dirigé toutes les productions sonores de la fresque « Mistral Urbain ».

Q: Pourquoi avoir décidé de lancer ce projet ‘Mistral Urbain’ ?
SG : Nous avions déjà lancé un programme de ce genre à Lens, baptisé ‘Louvre-Lens’ que nous avions pris beaucoup de plaisir à réaliser. En 2008, lorsque nous avons appris que Marseille serait Capitale européenne de la culture en 2013, l’occasion était parfaite. De plus, la partie web d’Arte France travaille chaque jour à l’élaboration de contenus variés. Elle créé constamment des programmes sous différentes formes. De façon plus autonome, elle travaille également sur différents films portés sur certaines villes de France.
Chez Arte, nous essayons constamment de trouver des formes innovantes. Nous avons par exemple ajouté les couleurs entre notre œuvre sur Louvre-Lens et Mistral Urbain.

Quel était l’objectif de cette fresque (l’impact voulu) ?

L’objectif était de montrer toute la complexité de la ville de Marseille mais tout cela sans tomber dans les clichés. Nous voulions faire parler les gens sur place de leur quotidien, de leurs habitudes et de leurs traditions. La fresque, qui mêle le dessin et le son était un bon outil pour cela. Le son apportait le côté informatif pour capter le réel, le son aidait à se rendre compte du côté « en mouvement », du dynamisme de la ville. Marseille c’est une ville facile avec des gens ouverts et qui aiment communiquer mais elle aussi très complexe de par son organisation, son histoire. La richesse de Marseille, est dans ses habitants et leur façon de vivre et dans des éléments que les gens ne voient pas forcément ou ne suspectent même pas. A travers le travail de Jeanne Robet et Caroline Fontana mais aussi à travers la rencontre avec Thomas Azuélos, nous voulions laisser voir cette ville en mouvements.

Vous avez sans doute du rencontrer quelques problèmes lors du tournage…

Le tournage a duré six mois au total. C’est peu comparé à beaucoup de documentaires qui sont lancés en France et à l’étranger mais en même temps nous avions une petite équipe à disposition et les semaines étaient assez denses. Néanmoins, la principale difficulté que je pense nous avons rencontré n’est pas tellement liée à la densité de travail ou au calendrier. Il s’agissait plutôt de la complexité entre une production web (puisque Mistral Urbain était d’abord un projet lancé par Arte Radio mais financé par le web) et l’intégration de dessins plus proches de la bande dessinée. Il fallait caler le son sur l’image mais toujours faire en sorte que le contenu soit adapté pour une consultation sur le web. De plus, il est indispensable de nos jours qu’un contenu multimédia soit lisible sur tous les navigateurs. J’ai pu m’appuyer sur Christophe Barre, mon chef technique, pour régler tous ces problèmes.

Êtes vous satisfait du résultat ?

Comme je vous l’ai dit, Marseille, c’est une ville très facile. Il y a d’après moi à travers cette fresque une grande réussite pour faire comprendre sa complexité. Le projet en lui-même ressemble beaucoup à ce que nous attendions au départ et il remplit l’ensemble des objectifs que nous nous étions fixés au départ. J’ai moi-même pu découvrir un nombre important d’aspects de la ville que je ne connaissais pas forcément, ou des choses que je pensais différente. Puis lorsque des Parisiens arrivent sur Marseille … le projet était audacieux et ambitieux mais il est abouti.

La communication n’a pourtant pas semblé à la hauteur de tout le reste. Êtes-vous d’accord avec cette constatation ?
C’est le gros point noir de ces mois de travail intenses. Le projet a été relayé sur les sites internet de quelques pôles d’Arte France mais sans conviction ni entêtement. D’ailleurs aucun autre média n’a évoqué notre travail. Nous pensions par exemple pouvoir toucher des médias locaux marseillais comme « La Provence » mais cela n’a pas été le cas. Je trouve cela vraiment dommage de s’investir autant dans un travail jusqu’à son lancement et ensuite de le laisser tomber à un moment crucial. Nous avons eu très peu de visites sur le site, la diffusion a été très discrète. Et même si nous nous sommes grandement appuyés sur « Marseille Provence 2013 » et le MuCEM, nous n’avons pas trouvé beaucoup d’échos auprès d’eux. Les partenaires institutionnels et médiatiques n’ont pas été assez présents.

Ce genre d’initiative de la part d’Arte sur une ville, peut-elle être reconduite dans le futur ?

Cela n’est pas garanti. L’initiative a beaucoup plu à l’étranger et notamment aux États-Unis ou une demande de projet avait été faite notamment pour la ville de Chicago. Néanmoins, je ne pense pas que cela va aboutir. Ce genre de projets demande une infrastructure technique particulière mais également un budget non négligeable (environ 22 000 euros aux États-Unis).