12 décembre 2014

Tous les documentaires web ne sont pas des webdocs

Célia Ramain Par Célia Ramain dans Actualités, Web-documentaire

En France, le terme de webdoc est devenu assez vendeur. Trop peut être même, si l’on se fie au nombre d’ occurrences du terme. D’une façon générale, le terme de webdoc est devenu un mot-valise. Sauf que bon nombre de webdoc n’en sont pas réellement. Mais précisément, qu’est ce qu’un webdoc? Si en France, pour définir ce nouveau genre c’est le support web qui a primé, ailleurs c’est sa caractéristique de traitement qui a été choisie. Chez les anglophones, il se nomme ‘i-doc’, abréviation de ‘interactive documentary’. Même idée chez les hispaniques, où il se nomme ‘interactivo documental’; c’est dire l’importance capitale de … l’interactivité. Mais précisément qu’est ce que l’interactivité? 

Il est possible selon la théoricienne Sandra Gaudenzi de classer l’interactivité selon 3 niveaux:

* le niveau semi fermé  où l’internaute n’est ni en mesure de participer, ni en mesure de changer le contenu du webdoc. C’est le cas par exemple de ‘Voyage au bout du charbon‘ où la navigation choisie sur le modèle de ‘livre dont vous êtes le héros’ propose à l’internaute de faire des choix selon des situations (sous la forme de photographies, ou d’une vidéo). Cette liberté quant au choix du parcours n’est qu’illusoire puisque chaque possibilité, chaque parcours a été limité et scénarisé en amont. Donc dans le cas présent, l’interactivité est clairement semi fermée. L’internaute choisit dans une certaine mesure son parcours mais n’influe en rien le contenu du webdoc.

*le niveau semi ouvert  où l’internaute peut participer mais n’influe pas sur la structure narrative du webdoc. C’est le cas par exemple de ‘Viols, les voix du silence’, produit par France Tv fin novembre 2012. L’internaute ne pouvait influer sur la structure du webdoc, mais grâce à la plateforme de témoignages accompagnant le webdoc, il avait néanmoins la possibilité de contribuer au contenu (sous la forme de témoignages textuels, sonores, ou vidéos).

*le niveau complètement ouvert où l’internaute et webdocumentaire s’adaptent constamment l’un à l’autre. C’est le cas par exemple de ‘ Une contre histoire des Internets’  produit en mai 2013 par ARTE et Rue89. A travers un système de séries de questions à choix multiples posées à l’internaute sur sa propre découverte de l’Internet, le web documentaire se construit au fur et à mesure, à travers les différentes réponses qui ont étés données. Lors d’un retour sur expérience organisé le 24 juin 2013 organisé par l’association Storycode Paris, les créateurs Jean Marc Manach et Julien Goetz, affirment que, entre autres, grâce à un formulaire basé sur le principe du ‘crowd- sourcing’ mis en ligne sur le site d’Arte, c’est plus de 600 contributions sur le web qui ont été récoltées en à peine 6 semaines de participatif. Les créateurs ont avoué ne pas avoir d’objectifs de départ concernant la contribution, car ils ne savaient même pas s’il y allait en avoir. Le succès du projet les a pourtant dépassés. Dans le cas présent l’interactivité est donc semi ouverte, puisque ce sont les internautes qui contribuent au développement du webdoc.

L’interactivité c’est donc la possibilité pour l’internaute, le mobinaute, (le joueur?) de choisir sa navigation, de participer, d’influer sur l’histoire, et de jouer finalement. Elle suppose qu’en amont, les créateurs du webdoc, les développeurs, aient proposé une réelle narration qui vient mettre en valeur leurs discours. Et c’est souvent là que le bat blesse. En effet, certains documentaires présents sur le web ne présentent ni narration, ni point de vue clair et tranché des auteurs et inévitablement, pas d’interactivité. Le constat se fait alors maigre. Leur contenu est certes du ‘richmedia’ (vidéo, image, son etc) mais ne proposent aucun cheminement intellectuel à l’internaute.

La faute à qui ? A quoi ?

Parce que ce genre est encore nouveau. Les premiers web documentaires ont un peu moins d’une dizaine d’années mais le terme ne s’est pas encore totalement démocratisé. Son enseignement dans les écoles de journalisme est encore récent. Pourtant à l’heure où le journal papier perd ses abonnés au profit du net, l’apprentissage et la connaissance de ce nouvel outil journalistique est primordial. La multiplication des écrans a développé une nouvelle tendance: on attend d’un programme de pouvoir jouer/influer sur son contenu et d’interagir avec les autres; et c’est ce que devrait en théorie, proposer le web documentaire.

Donc pour résumer, un webdoc répond à une simple équation: 

Interactivité (choix de navigation, possibilité d’interagir avec le contenu ou le traitement du webdoc)

Continuité du propos et de l’univers même si documentaire non linéaire

Variété des ressources ‘rich media’  

Le webdoc, un "mot-valise" ?

Le webdoc, un « mot-valise »