27 juin 2019

Les outils de la manipulation : l’image

par Ahmet Agdogan

Grâce aux nouvelles technologies de la communication, l’actualité mondiale se diffuse en très peu de temps. Tout comme les fausses informations. Souvent liées à des intérêts politiques, elles servent à manipuler l’opinion. Les techniques de persuasion s’avèrent multiples. En voici un tour d’horizon.

 

Avec le tournant du numérique, de multiples données sont partagées instantanément, dont de nombreuses images. Le problème : l’image est toujours sujette à l’interprétation. Et certains peuvent volontairement choisir de la sortir de son contexte, voire de la modifier.

Erdogan detourne le sens d’une photo pour convaincre ses électeurs

Erdogan, président de la Turquie, a déjà tenté de manipuler les idées de la population en donnant des exemples historiques nationaux. Dans l’un des discours donnés durant une réunion de son parti en octobre 2018, il a critiqué sévèrement une photographie d’Ismet Inönü, ancien président, prise en 1962. Ce dernier tenait le drapeau américain à la main, lors de la visite du vice-président américain Lyndon Johnson, à Ankara.

« Ici vous voyez le drapeau dans sa main, cela n’est pas le drapeau turc. C’est le drapeau des États-Unis. L’histoire du CHP (le Parti républicain du peuple) est comme ça. Rien n’a changé depuis hier. C’est ce qu’ils font. Pourquoi a-t-il cela en main ? Il porte le drapeau en signe de gratitude (aux Etats-Unis, Ndlr.) », dit le président de la Turquie devant les membres de son parti.

La photo en question montre qu’il y a deux drapeaux dans les mains d’Ismet Inönü. L’un d’eux est le drapeau turc et l’autre est le drapeau américain. En regardant les photographies dans les archives, il est clair que Ismet Inönü ne porte pas seulement le drapeau des États-Unis. Avec cette stratégie politique, Erdogan tente de discréditer l’ex-numéro 1 du parti d’opposition CHP.

Le selfie d’un réfugié se retourne contre lui

En septembre 2015, Anas Modamani, réfugié syrien, vient d’arriver en Allemagne. La chancelière allemande, Angela Merkel lui rend visite au foyer d’urgence où ce jeune homme de 19 ans est hébergé. Lors de la rencontre avec la femme d’État allemande, il prend un selfie pour garder un souvenir. Cette photo a eu un mauvais effet sur sa vie. Après l’attentat de Bruxelles, en mars 2016, elle a été modifiée par des militants d’extrême droite en le désignant comme étant un terroriste.

L’image a été partagée sur Facebook, sous la forme d’un montage, avec le titre suivant : Selfie d’Angela Merkel avec un terroriste. « Je suis venu en Allemagne parce que je voulais vivre en paix, loin du danger. Je ne souhaite pas qu’on continue à utiliser ma photo sur Facebook. », explique le jeune syrien au journal The Independent en janvier 2017.

Anas Modamani demande depuis à la justice allemande que les photos soient supprimées de Facebook. Cette tentative d’association d’un jeune réfugié à un attentat par l’extrême droite allemande prouve l’incapacité d’un réseau social comme Facebook à filtrer ses contenus, pourtant sensibles et diffamatoires. Le géant du web se défend en endossant un seul rôle d’hébergeur: Il laisse ainsi la porte ouverte à toute manipulation malintentionnée de données photographiques.

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