REALITE AUGMENTEE | Épisode #6
30 mai 2019

Le numérique au service du patrimoine

par Johanna Bonenfant

Depuis 2017, la tablette l’Histopad permet de visiter le Palais des Papes en réalité augmentée. Mathilde Michaud, responsable d’exploitation, explique comment la reconstitution 3D de ce monument historique a été organisée.

Pourquoi avoir proposé de  reconstituer le Palais des Papes en trois dimensions ?

Ce monument historique, parce qu’il vient du Moyen-Âgege, se prêtait tout à fait à notre projet. Notre objectif est de proposer aux visiteurs des dispositifs qui leur permettent de mieux découvrir les monuments. Avec l’Histopad, le visiteur peut comprendre, grâce à un dispositif visuel, les modes de vie de la cour papale de l’époque, et entrer dans l’histoire par le biais des usages et des coutumes. Souvent, les audioguides vont avoir une entrée par l’Histoire de l’Art et l’Architecture en montrant comment était organisé un espace. Avec l’image, nous pouvons aller plus loin et montrer les habitudes alimentaires, l’hygiène, et représenter comment s’organisait à l’époque la sphère intime et la sphère politique. C’est une dimension qui, il me semble, est plus émouvante, attractive, intime, proche de nous et facile à partager avec ses proches pendant la visite. Le processus était totalement différent avec le musée de Fontainebleau, qui est rempli d’objets que les visiteurs peuvent toucher pour comprendre leur fonction d’origine.

Comment avez-vous fait pour concevoir ce projet dans un monument historique du Moyen-Âge ?

Pour réaliser ce projet, nous avons réalisé des levées de fonds. Notre équipe d’artistes et de graphistes 3D a ensuite travaillé avec notre équipe de développement. Grâce au logiciel Unity, ils ont établi la reconstitution 3D en développant leur SDK (Kit de développement logiciel, ndlr). Ils ont donc créé un système qui permet au visiteur de voir les salles en trois dimensions mais, pour un problème de batterie, nous avons utilisé un système de 3D avec point fixe, ce qui ne permet pas à l’image de s’adapter lorsque l’on s’approche des murs. La visite dure trois heures donc nous ne voulions pas développer un logiciel trop consommateur d’énergie. Contrairement à une scénographie fixe, le numérique nous permet d’améliorer le système, ce que nous essayons de faire chaque année.

Pensez-vous que développer ce système de visite peut détériorer la visite ?

Le plus souvent nous entendons que les visiteurs, au lieu de découvrir le site qui existe, vont passer deux heures de visite le nez fixé devant l’écran. C’est une remarque que nous ne prenons pas du tout à la légère car évidemment c’est un risque. Nous avons opté pour la tablette puisque nous ne voulons pas de lunettes. Le but n’est pas de proposer une expérience technologique qui occulte le réel. L’intérêt de la tablette se trouve dans le fait qu’elle permet au visiteur de comparer le passé et le présent, le réel et la reconstitution.

Pour nous, le numérique doit être au service du patrimoine.

Nous avons aussi remarqué que les visiteurs passent plus de temps dans le monument avec l’Histopad que sans. Les visiteurs traversent les salles en deux minutes mais avec l’Histopad les visiteurs peuvent rester jusqu’à dix à quinze minutes. Ils observent aussi les salles avant d’utiliser la tablette, si un élément les interpelle.

L’Histopad ne doit pas remplacer la découverte des collections existantes. Quand il y avait trop de contenu sur la tablette et qu’une concurrence se créait entre la reconstitution et la scénographie, nous en avons allégé la reconstitution. Pour nous, le numérique doit être au service du patrimoine.

Bruno de Sa Moreira et Edouard Lussan, co-fondateurs d’Histovery
Laisser un commentaire

*

*

0

Your Cart