27 août 2020

Thierry Meyssan : «En quelques heures, tout le monde s’est retourné contre moi et plus personne ne m’a invité» 

par Assia Mendi

De « bon client » des plateaux de télévision à complotiste boycotté, le journaliste franco-syrien Thierry Meyssan a fait couler beaucoup d’encre avec son livre L’effroyable imposture, devenu best- seller dès sa sortie en 2001. Qualifiée « d’oeuvre-fiction », son livre remet en cause l’implication d’Al Qaida dans les attentats du 11 septembre. Son affirmation a été largement démentie par la suite. Aujourd’hui reclus en Syrie, il poursuit l’activité de son média, Réseau Voltaire, considéré comme conspirationniste. 

 

Capture d’écran du site de l’Express.

 

NM : Pourquoi avoir écrit ce livre et quelle a été la réception médiatique à l’époque ?

Thierry Meyssan « Le 11 septembre a été un choc énorme et m’a furieusement rappelé ce que j’avais étudié au sujet des services secret de l’Otan. Le même genre d’incohérences. Quand j’ai écris ce livre j’ai surtout reçu des messages d’insultes et de menaces. Avant, j’étais ce qu’on appelle un bon client à la télévision. Je passais trois, quatre fois par mois. J’étais aussi dans la politique, car j’étais secrétaire national d’un parti de gauche (NDLR: Parti Radical de Gauche en 1994 dont il a été exclu) Quand j’ai écris ce livre, beaucoup de confrères journalistes m’ont écrit pour me féliciter. «T’as trouvé quelque chose qu’on met habituellement du temps à découvrir ». Et puis brutalement, en quelques heures, tout le monde s’est retourné contre moi. Quand il y a eu cette campagne contre moi, le CSA (NDLR: l’autorité française de régulation de l’audiovisuel) a téléphoné à tous les grands médias leur expliquant que me donner la parole serait considéré comme une faute professionnelle. Plus personne ne m’a invité. Ça a été difficile car très brutal. Un groupe (NDLR: il n’a pas précisé lequel), en lien avec le pentagone, a été capable de faire pression sur tous les médias français. J’ai donc agis d’une manière complètement inattendue et je me suis tourné vers l’étranger. Aux Émirats Arabes Unis, le chef de l’état m’a invité pour une conférence, a fait traduire mon livre, et l’a envoyé à 5000 dirigeants politiques du monde arabe. Après ça, j’ai été au Venezuela et j’ai fait la même chose avec Hugo Chavez. » 

 

NM : Comment définiriez-vous la ligne éditoriale de votre site Réseau Voltaire? 

TM « Nous disons les choses que nous pouvons vérifier, ce qui n’est plus le cas des grands médias. Quand ils voient des choses choquantes, ils n’en parlent pas. C’est très étonnant pour moi. Par exemple dans mon livre sur le 11 septembre je décris les attentats. J’explique ce qui s’est passé au pentagone, à savoir que les destructions n’ont pas été faites par un avion de ligne. Il y a des preuves qui contredisent la version officielle, comme le fait que le directeur du FBI ait expliqué que les attentats avaient été commis par 19 pirates de l’air, le 13 septembre à la télévision. Or, le soir du 11 septembre, la liste des passagers embarqués dans ces avions a été diffusé par les compagnies d’aviations et indiquait qu’aucune de ces 19 personnes n’avaient embarqué. (NDLR: voir le décryptage de France culture sur les mécaniques du complotisme) N’importe qui peut le vérifier, pourtant tous les médias continuent d’affirmer le contraire. Cette obstination à reprendre le discours officiel c’est une très grande faiblesse. Je ne m’informe pas auprès des médias, nous sommes un réseau avec des correspondants partout dans le monde. À mon avis le premier travail d’un journaliste dans un conflit c’est de lutter contre la propagande, et je vous assure c’est un travail gigantesque. Notre site a une position exceptionnelle, aucun autre n’est autant repris (NDLR: il n’a pas fourni de chiffres). C’est écrit pour le grand public, même si nous ciblons les spécialistes de la politique étrangère, politiciens, officiers supérieurs, diplomates… Nous avons presque toute la classe dirigeante de gauche en Amérique latine, et presque tous les dirigeants, quelque soit leur couleur politique, du monde arabe et en Russie. » 

 

NM : Que répondez-vous aux médias qui vous qualifient de conspirationniste ?

TM « C’est complètement idiot, ça ne m’intéresse pas de discuter de ça. Ils sont incapables de s’accorder sur ce qu’est un conspirationniste. C’est juste une insulte. Ça n’a aucun sens, sauf si on prend le mot au sens « ce sont des gens qui tiennent un autre discours que nous » alors dans ce cas oui. Il y a des gens qui font ça pour le buzz, comme il y a des médias qui font ça pour l’audience, mais ça n’est pas du tout ma préoccupation. Ma préoccupation, c’est la qualité des gens que je touche. » 

 

NM : Vous êtes actuellement à Damas, pourquoi la Syrie?

TM « Je me suis installé en Syrie en 2007, quand Nicolas Sarkozy a été élu. À ce moment là, un de mes amis à l’état major militaire en France m’a indiqué qu’ils avaient reçu l’instruction de m’éliminer. Il m’a dit que je devais partir tout de suite. J’ai fais mes valises trois jours après. Je connaissais la Syrie, j’y suis donc allé et j’y ai obtenu l’asile politique. Je l’ai déjà expliqué mais personne ne me croit. Je suis ensuite allé au Liban pendant trois ans, puis six mois en Iran, puis en Libye pendant la guerre. Je suis revenu en Syrie en 2011. J’ai eu des propositions d’asile d’une grande puissance politique . Laquelle ? (rires) Ça n’est pas difficile à trouver. Disons que par la suite j’ai beaucoup écrit en Russie. » 

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