28 mars 2019

Les visages de l’algorithme (1/2) : Un terme à plusieurs facettes

par Camille Simonet

Qu’est-ce qu’un algorithme ?  Un enseignant, (Christophe Darmangeat), un sociologue (Dominique Cardon), un avocat (Marc-Antoine Ledieu) et un étudiant (Robin Gaillard) esquissent les contours du programme de classification. 

 

Christophe Darmangeat, l’enseignant d’algorithmie :

 

« Des algorithmes, on en voit tous les jours »

Professeur en informatique, Christophe Darmeangeat enseigne l’algorithmie « pour les nuls » à Paris 7. Cet autodidacte voit des algorithmes partout : « On en voit tous les jours. Dans les recettes,  les mode d’emplois, quand vous indiquez le chemin à quelqu’un, etc.  C’est bien plus large que l’informatique. » Le terme algorithme remonte à la Grèce Antique selon l’enseignant, qui déplore une vision actuelle informatique « normative ». Quand aux algorithmes de classement Elo (ndlr: algorithmes de visibilité qui organisent les résultats en fonction de la notoriété), il faut prendre le terme avec des pincettes. Pour lui, ce ne serait qu’un « stupide » programme de classification, dépendant de son créateur. « lls font peur à tout le monde sans que les gens sachent vraiment ce qu’il y a derrière et c’est bien ça le problème, plus qu’autre chose ». De quoi motiver l’utilisateur à s’intéresser à ses déambulations sur le web. 

Robin Gaillard, l’étudiant décomplexé face aux algorithmes :

algorithme - Robin Gaillard

« C’est toujours amusant de voir le résultat des algorithmes »

 

Doté d’un background scientifique mêlant bac S et licence de physique, Robin Gaillard a une vision très rationnelle d’un algorithme : selon lui, c’est un programme informatique qui traite des données pour arriver à un résultat. L’étudiant en deuxième année de Master 2 de médiation scientifique n’est pas embêté par le devenir de ses données personnelles, bien au contraire : « Je vois plus le côté pratique de l’algorithme. Ça me permet d’avoir accès à une information personnalisée donc ça ne me dérange absolument pas qu’une machine fasse le tri des contenus à ma place ». Les cookies et autre publicité clairement visées sur ses différents réseaux ? Ça l’amuse. Et pour cause, ce rejeton de la génération Y porte un regard imperméable sur ce type de piège algorithmique. Pour autant, Robin reste très conscient de l’impact des algorithmes sur sa vie : « ils déterminent l’information à laquelle j’ai accès sur les réseaux sociaux », affirme t-il. De nature pragmatique, ça ne l’empêche pas de donner de son temps et de ses data au web.

 

Marc-Antoine Ledieu, l’avocat de la tech’ :

algorithme-Ledieux

« Il n’y aura pas de loi sur les algorithmes »

Avocat spécialisé dans le digital depuis 1998, Marc-Antoine Ledieu a fait du droit digital son pain quotidien. Travaillant majoritairement pour les « techs », ces entreprises qui développent des logiciels dans le jargon juridique, il a créé son blog BD/texte en 2015. Il y explore les thématiques digitales liées au droit dans le but de vulgariser et d’instruire ses collègues. « Notre profession a du mal à suivre toutes les évolutions juridiques liées au digital » déclare-t-il sur les raisons d’ouverture de sa plateforme. Ces programmes seraient soumis à un régime juridique très complexe car il faut connaître le droit de logiciel, de brevet et de base de données. Une loi algorithmique uniforme dans le futur ? Probablement pas car cela regroupe trop de concepts juridiques différents selon Marc-Antoine. Véritable geek en toge, il compte dépoussiérer l’image « moyenâgeuse » qui colle à sa profession en lançant son podcast audio et vidéo sur le numérique en droit d’ici mars prochain.

 

Dominique Cardon, le sociologue militant :

algorithme-Dominique Cardon

“Il faut lutter contre les algorithmes”

Chercheur à l’Orange Lab de l’Université de Marne-la-Vallée, et auteur du livre À quoi rêvent les algorithmes ? Nos rêves à l’heure du big data, Dominique Cardon fait partie des opposants aux algorithmes de classement Elo. Pour lui, la soumission à ces programmes de classification cantonne l’internaute dans ses aprioris. Il creuse les inégalités, puisque l’utilisateur est enfermé dans un cercle vicieux d’affinités et ne peut s’enrichir de la diversité d’autres opinions. « Il faut s’attaquer aux algorithmes, partout où ils sont », déclarait-il à la sortie de son ouvrage en 2015. Sa solution ? Éduquer les consommateurs aux effets indésirables, les encourager à s’en détacher, mais aussi, et surtout : enquêter sur les pratiques de ceux qui les fabriquent. A l’entendre, le Règlement européen pour la protection des données (RGPD) n’est qu’un complément : « La question se pose de savoir quelle utilité je suis prêt à sacrifier pour que ma vie personnelle ne soit pas complètement aspirée par ces plateformes, ou pour que le service n’ait pas des effets sociaux néfastes et dangereux ».

 

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